Réflexions d’un auteur sur Les STIAM : La voie vers la durabilité

Malgré le fait que j’ai eu le privilège d’avoir accès à une bonne éducation et à de nombreuses opportunités, j’ai récemment été atteint d’un cas grave du syndrome de l’imposteur.

C’était un jeudi sombre, la température oscillant autour de zéro, la météo un reflet de mon anxiété. Je n’avais jamais assisté à un congrès et je ne savais pas à quoi m’attendre. Ma chemise était rentrée dans mon pantalon et une cravate était coincée à mon cou, mais je n’avais toujours pas l’impression d’être professionnel. C’est comme si je portais un costume pour mieux me fondre dans le décor. Lorsque j’ai posé les pieds dans le grandiose Musée de la nature, je me suis demandé ce que je faisais ici.

 

Mais quelque chose s’est produit entre ce moment et la fin de la journée. Lorsque j’ai retraversé les mêmes portes par lesquelles j’étais entré neuf heures plus tôt, j’ai ressenti quelque chose d’inattendu : un sentiment de valorisation et d’appartenance. Lors du congrès Les STIAM : La voie vers la durabilité, j’ai passé d’étranger à initié. Tous ceux présents m’acceptaient et étaient désireux de m’accepter dans leurs conversations. Ce n’était pas une journée de confrontation scientifique, mais plutôt une occasion d’encourager les discussions, peu importe le statut ou l’expérience professionnels. En partageant nos connaissances collectives, la journée resplendissait réellement de collaboration.

 

La journée a débuté à 8 h avec un café, fort nécessaire, et une variété de mini muffins. La pièce bruissait de conversations amicales alors que ceux présents attendaient patiemment pour les retardataires qui affrontaient la circulation sur le Queensway. Toutefois, de mon point d’observation à l’arrière de la salle, ma première impression d’être un étranger ne faisait qu’empirer. En tant qu’étudiant stagiaire universitaire, je ne me sentais pas qualifié parmi tant de chercheurs, professeurs, directeurs, journalistes, leader d’organisations et représentants muséaux respectés.

 

Je me suis dit que ces gens étaient les personnes appropriées pour le congrès sur les STIAM et la voie vers la durabilité du Réseau de sensibilisation aux sciences et à la technologie (RSST), pas un auteur avec aucune expérience professionnelle. Mes compagnons sont la plume et le papier, pas les béchers et le bec Bunsen. Qu’est-ce que je savais des efforts déployés par les Canadiens dans la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, ou comment la science peut aider à répondre à certains enjeux actuels auxquels nous faisons face?

 

Priyam Maini, bénévole avec Parlons Science, m’a approché, et elle semblait être mieux préparée pour la journée. Elle m’a dit être « excitée de voir les rôles et les projets entrepris par les individus en matière de sensibilisation aux STIM. En tant que bénévole active qui poursuit une carrière en enseignement scientifique, j’espère entendre des idées novatrices, et avoir une idée des types d’initiatives, locales et nationales, qui sont en cours. » Mais pour moi, ces idées et ces projets étaient tellement hors de mon domaine d’expérience que je ne savais pas si je pourrais y contribuer.

 

Une méduse géante montait la garde alors que nous montions dans la salle de conférence. Bien qu’elle flottait, presque en apesanteur, elle semblait incroyablement lourde, menaçant de m’écraser sous le poids de mon insécurité.

 

Après quelques discours de bienvenue, la journée fut lancée officiellement et avec éclat! Si la caféine n’avait pas réussi à réveiller tout le monde, le discours principal d’Eden Hennessey était à la hauteur. Une véritable vedette de la psychologie sociale, elle est munie d’un dynamisme contagieux qu’elle partageait en même temps que son exposition de photographies de recherche : une série d’images et de mots-clics créatifs dévoilant au grand jour les inégalités entre les sexes qui existent au sein du domaine des STIM. En utilisant l’art pour communiquer des conclusions scientifiques à un public plus large, Mme Hennessey a merveilleusement réussi à calmer mon anxiété initiale. J’ai apprécié son message fondamental : que l’art et la science ne sont pas des notions contradictoires, mais peuvent en fait coexister, de la même façon que je ne suis pas tant une anomalie au sein de cette foule particulière que j’aurais pu le croire.

 

À la suite de cette révélation, nous nous sommes séparés pour les séances de groupe, soit des discussions informelles sur les enjeux liés aux STIM. Mon groupe a discuté du rôle de la technologie dans les écoles. « Les séances de groupes ont été particulièrement mémorables, a dit Maini. Au début, je me sentais comme la personne la moins qualifiée dans mon groupe, mais tout le monde était encourageant. J’ai pu contribuer à une conversation informative. » Étant les deux personnes le plus près du sujet, Maini et moi avons pu offrir notre avis fondé sur nos propres expériences récentes. Pouvoir contribuer a été une agréable surprise; tout d’un coup, mon anxiété s’est envolée.

Revigorés, nous nous sommes regroupés dans la salle de conférence où Lisa Glithero, de la Coalition canadienne de la connaissance de l’océan, Meredith Brown, des Gardes-rivières des Outaouais, et Sébastien Sauvé, de l’Université de Montréal, ont discuté de l’importante de la protection de nos plans d’eau. Chacun d’entre eux a apporté une perspective unique lors de cette discussion animée, qui a finalement mené à un défi réalisable : de penser à notre empreinte hydrique, pas seulement en ce qui concerne les douches et la vaisselle, mais également la quantité d’eau utilisée pour fabriquer les produits d’usage courant. J’ai toujours été conscient que l’eau est utilisée pour fabriquer les objets les plus communs — les autos et les vêtements, par exemple — mais en tant que consommateurs, on oublie facilement la quantité d’eau gaspillée lors du processus de fabrication lorsque nous ignorons tout de ce dernier.

Depuis le congrès, j’en fais encore plus pour contribuer, que ce soit par l’entremise de petits ou grands gestes : consommer moins de plastiques, toujours avoir une tasse réutilisable, chercher des pratiques plus efficaces pour le recyclage et le compostage. Au minimum, cette séance a fait naître en moi le désir de faire de mon mieux pour avoir une incidence positive, profonde et durable sur l’environnement.

 

Après le dîner, et armé d’une quantité inépuisable de café, j’étais prêt pour la prochaine discussion : la science comme droit de l’homme. Les panélistes Tracy Ross, d’Actua, Reni Barlow, de Sciences Jeunesse Canada, et Ivan Semeniuk, du Globe & Mail, ont touché à une multitude de sujets, y compris le mandat de sensibiliser les jeunes aux STIM et les barrières actuelles qui empêchent l’accès aux occasions d’acquérir des compétences numériques. Pour clore la discussion, Barlow a posé la question suivante : si la science est un droit de l’homme, alors que protégeons-nous? La réponse? La curiosité. Ces mots ont touché droit au but. La curiosité est une chose extraordinaire parce que c’est un phénomène universel. Pour moi, en tant que conteur, c’est la source de mon imagination. Pour quelqu’un du domaine des STIM, c’est la force directrice qui permet de repousser les limites. C’est ce qui nous permet de demeurer motivés et prêts à mieux comprendre notre monde. Dans le contexte de la science en tant que droit de l’homme, non seulement nous avons tous le droit d’être curieux, mais nous devrions avoir le droit de donner suite à notre curiosité.

Ce sentiment n’était pas seulement exprimé par des paroles; il s’est manifesté dans la façon dont les gens ont agi lors des discussions de groupe. Après le panel, les non-conférences ont pris place, des discussions un peu moins structurées semblables aux discussions de groupe. Les participants ont pu assouvir leur curiosité en posant des questions et en écoutant activement aux autres. Personne ne semblait avoir plus d’expertise que les autres, mais étant donné que le sujet de mon groupe était la science et l’art, plusieurs me voyaient comme quelqu’un pouvant contribuer. J’ai parlé, entre autres, de mon travail sur l’initiative portant sur les femmes dans le domaine des STIM d’Ingenium en tirant parti de mes capacités de conteur pour reconnaître les réalisations des femmes, dans le passé et dans le présent. Le groupe s’est ensuite dirigé vers une autre occasion de réseautage, et j’en suis ressorti soutenu dans mon travail et satisfait de nos discussions.

 

La journée s’est terminée avec la conférencière Catalina Lopez-Correa. Cette scientifique accomplie et exceptionnelle fut captivante et passionnée alors qu’elle parlait des avancées dans les technologies génomiques et la façon dont sa recherche peut contribuer aux différents ODD comme la santé, la faim et l’énergie propre. Je me sentais en présence de royauté scientifique. Au début de la journée, cela m’aurait intimidé, mais en ce moment, cela semblait plutôt comme un honneur. Ce qui était le plus remarquable dans son discours était l’accessibilité de sa présentation dans son ensemble. Elle aurait pu passer de l’autre côté du miroir et me laisser en plan. Elle nous a plutôt invités à la suivre, prônant l’idée que les scientifiques ne doivent pas seulement se parler entre eux, mais que tendre la main au-delà des membres de leur entourage est essentiel pour faire changer les choses.

 

La journée s’est donc terminée ainsi, sous une bonne main d’applaudissement. Je me suis dirigé vers l’arrêt d’autobus, en enlevant ma tuque et mes gants, profitant de la température devenue plus clémente qu’au début de la journée. Mes attentes face au congrès ont été bouleversées, de façon positive. Ces gens ne faisaient pas partie d’un club exclusif, mais plutôt d’une communauté de personnes inspirantes qui encouragent la diversité d’opinions dans l’intérêt de trouver des solutions et de stimuler l’innovation. Et c’est cela, bien avant tout, que j’ai retenu de ma journée au musée. Que vous soyez un scientifique respecté ou un écrivain, un professeur universitaire ou un étudiant, vous pouvez prendre part à la discussion entourant les STIM.
 

 

 

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