Se pencher sur la rétroaction

Il y a de cela plusieurs années, on m’a enseigné, comme à la plupart des étudiants en sciences, les boucles de rétroaction positives et négatives. Je me demande parfois si c’est à cause de concept que j’ai tout bonnement accepté, pendant plusieurs années, que dans le contexte général des communications interpersonnelles, on donne et on reçoit de la rétroaction « positive » ou « négative ». Après tout, si ces mots pouvaient être placés ensemble dans un manuel de biologie, n’étaient-ils pas alors une paire naturelle?

Lorsqu’on parle de rétroaction, j’ai dû me libérer des désignations « positif » et « négatif », et donc des concepts de « bon » et « mauvais » qui y sont rattachés. Malgré mes connaissances sur la pensée critique, particulièrement en matière de sciences et de technologie, il m’a fallu des années (et un désapprentissage au niveau des normes d’éducations traditionnelles) pour chercher sciemment de la rétroaction percutante. Je parle ici d’une rétroaction qui ne peut pas être définie par les concepts de négatif ou de positif, mais plutôt qui nous amène vers de nouvelles possibilités de questionnement, à pousser la réflexion et à piquer la curiosité face à l’inconnu.


Ce type de rétroaction est absolument vital en sciences et technologie. C’est ce qui permet de transformer les idées en arguments solides, parce qu’elles ont été étudiées sous tous les angles. Ce type de rétroaction exige des preuves.


Mais comment attirer ce type de contribution?


J’ai découvert il y a quelques années un nouveau paramètre de rétroaction, conçu par Peter Elbow et Pat Belanoff. Ils présentent 11 types de réponses et encouragent les auteurs, de toute discipline et de tout sujet, de demander à leurs lecteurs de réviser leurs travaux en tenant compte d’une ou deux approches particulières. La rétroaction est donc plus pointue et intentionnelle. Depuis que j’utilise cette approche avec mes collègues, je découvre que mes attentes envers mes réviseurs sont plus claires et qu’ils me font parvenir leur rétroaction deux fois plus rapidement que si je ne demande qu’un « qu’en pensez-vous? » Mes arguments sont également plus démonstratifs puisque je dois itérer, inclure de nouveaux points de vue et considérer de nouvelles idées. J’ai passé bien des soirées tardives à reformuler des textes après que d’autres aient trouvé des failles dans mon travail à cause du 9e type de réponse, soit « croire et douter »!


Un autr

e outil permettant de recevoir de la rétroaction rapidement est la méthode plus-delta. Peter Taylor et Jeremy Szteiter m’ont introduit à ce système dans leur livre Taking Yourself Seriously : Processes of Research and Engagement. La méthode plus-delta demande aux auditeurs ou aux lecteurs d’un travail de partager une réflexion ou une idée semblable à l’une des leurs ou qui les touchent (le « plus ») et une suggestion pour élargir le travail ou offrir une autre piste de réflexion (le « delta »). Ce type de rétroaction souligne le changement et le développement tout en se concentrant sur ce qui travaille bien. Je l’ai utilisé plusieurs fois pour dégager rapidement des idées de la part de plusieurs collègues, par exemple après une rencontre d’équipe ou encore en rapport à une présentation de conférence ou une ébauche de projet.


Même s’il peut sembler que ces méthodologies soient linéaires — on envoie le travail, on reçoit la rétroaction, on met le travail à jour — il s’agit en fait d’établir une nouvelle forme de boucle de rétroaction. Notre travail n’est jamais « terminé » si on est réellement ouvert à l’amélioration continue et l’intégration de nouvelles perspectives. Bien que l’on puisse accepter que toute chose ait une fin, j’aime penser que les boucles de rétroaction, celles qui existent en communication, maintiennent les conversions et activent la curiosité afin d’approfondir les réflexions. Lorsqu’on peut s’orienter vers ce type de boucle de rétroaction, on en tire un apprentissage et une croissance très puissants.

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